Sucre : Maurice saute le pas de la valorisation

Champs de canne à Maurice. Photo S.R.

Champs de canne à Maurice. Photo S.R.

L’industrie sucrière mauricienne a dû se réinventer avec la fin du Protocole Sucre. Désormais, elle opte pour la valorisation de tous les produits et sous-produits de la canne : sucre raffiné, production d’énergie électrique, éthanol et rhum agricole.

Fin d’une époque. La dernière cargaison de sucre roux – environ 42.000 tonnes - a été embarquée fin octobre sur le plus gros vraquier jamais accueilli dans le port de la capitale mauricienne. Le Poseidon SW livrera son chargement à la Tate and Lyle en Angleterre, qui raffine le sucre mauricien depuis 1975. Ainsi, l’île Maurice tourne la page du sucre roux pour écrire la nouvelle histoire du sucre blanc.

Du sucre roux au sucre blanc

Sucres. Photo D.R.

Ce tournant était indispensable : la fin du protocole sucre (septembre 2009) s’est traduit par la suppression du système de quotas et des prix garantis qui liait l’Union européenne aux pays ACP. Résultat : en octobre, le prix du sucre roux sur le marché européen a chuté de 36%. Avec la disparition des quotas, le sucre roux mauricien n’est plus compétitif, notamment vis-à-vis d’autres pays africains comme le Soudan, la Zambie, le Malawi et le Zimbabwe, où les rendements atteignent 15 tonnes de sucre par hectare, soit le double du rendement mauricien.

Le gouvernement mauricien, en concertation avec les acteurs de la filière, a décidé d’opter pour la transformation du sucre roux en sucre blanc. Le produit raffiné rapporte 20% de plus et représente plus de 95% du marché du sucre en Europe. Deux sociétés se sont lancé dans le raffinage : Omnicane (ex-Mon Trésor Mon Désert Ltd) et FUEL. Le montant total de l’investissement pour les deux usines de raffinage est estimé à 50 millions d’euros (2 milliards de roupies), financé par un emprunt auprès de la BEI (Banque européenne d’investissement) et par les producteurs mauriciens. Cependant, les retards se sont accumulés et les premières productions de sucre blanc à l’exportation sont toujours attendues. L’acheminement des équipements de raffinage prévu pour le début 2009 a été laborieux et les machines ont finalement été réceptionnées avec trois mois de retard. Si aujourd’hui tout est prêt pour la production, reste à effectuer un certain nombre de tests pour s’assurer de la qualité du produit.

Avec ces deux unités, Maurice dispose désormais d’un potentiel d’exportation de quelque 350.000 tonnes de sucre raffiné.  2009 étant l’année de la transition, seulement une partie de la production sera traitée: « Nous estimons que la production de sucre raffiné de la récolte 2009 sera de l’ordre de 190.000 tonnes », a précisé Jean-Michel Hardy, directeur du Syndicat des sucres. Dès 2010, c’est l’ensemble de la production qui sera raffinée. Dans cette optique, le Syndicat a signé un contrat avec la firme européenne Südzucker, pour la livraison chaque année de 400.000 tonnes de sucre blanc.

L’industrie sucrière laisse la place à l’industrie cannière

Désormais, à Maurice, on ne parle plus d’industrie sucrière, mais de l’industrie cannière. Le ministre de l’Agro-industrie Satish Faugoo se réjouit de « la réforme réussie de l’industrie sucrière ». Il estime que Maurice a déjà acquis une avance sur les autres pays ACP producteurs de sucre. « Aujourd’hui avec les raffineries, les distilleries de rhum agricole, la production de l’éthanol et la production d’électricité, l’industrie sucrière est entrée de plain-pied dans l’ère de l’industrie cannière », a soutenu M. Faugoo. Il s’agit de valoriser tous les produits et sous-produits potentiels de la canne. Omnicane, située dans le sud de l’île, est la première unité industrielle à être capable de raffiner du sucre, de produire de l’énergie électrique, du biocarburant et du rhum agricole, mais aussi des fertilisants.

Pour s’adapter à la fin du Protocole sucre, le gouvernement mauricien en partenariat avec les acteurs de la filière a lancé en 2006 la Multi Annual Adaptation Strategy qui vise à améliorer « l’efficience et la compétitivité du secteur et à introduire des mesures susceptibles d’optimiser les revenus sucriers par le biais de la valeur ajoutée du secteur cannier », explique Jean-Michel Hardy.

Quelques données :

Maurice :
La récolte de la canne s’étend de mi-juin à mi-décembre
La campagne sucrière 2009, plutôt bonne, est estimée à 480 000 tonnes, contre 452 000 tonnes en 2008
La production de canne est estimée pour 2009 à 4,6 millions de tonnes au minimum.

Monde :
Le sucre extrait de la canne représente 70% de la production mondiale (30% pour le sucre extrait des betteraves)
Production mondiale de sucre pour l’année 2008/2009* : 150,6 millions de tonnes, contre 170,6 Mt en 2007/2008
Consommation 2008/2009* : 165,1 Mt (soit une hausse de 2% sur un an – revue à la baisse pour cause de crise)
Déficit de sucre pour l’année 2008/09* :15,6 Mt.

(*)Estimations de la maison de courtage Czarnikow.

Ailleurs sur la Toile

À écouter sur RFI un reportage de Abdoolah Earally « Le sucre mauricien face à la baisse des quotas européens »

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